Harcèlement scolaire : Lia devient agoraphobe

L’agoraphobie est une phobie qui s’immisce dans votre vie sans prévenir. Elle ne désigne pas seulement la peur de la foule, comme certaines personnes peuvent le penser, c’est tout simplement la peur des gens, de l’individu lui-même. Elle s’accompagne souvent d’une angoisse très élevée et d’états de panique à l’extérieur de la maison. Lia* nous raconte son histoire.

« On ne voit pas cette peur arriver, moi ça a commencé avec le harcèlement scolaire », raconte Lia*, âgée aujourd’hui de 25 ans. Elle a tenu tête à tout son collège, en Seine-et-Marne, de la sixième à la troisième. Arrivée au lycée, les jours lui sont devenus insupportables. Sa peur envers ses camarades s’est transformée en peur de tout le monde. Elle n’arrivait plus à aller à l’école, ni à sortir de chez elle. Chaque personne dehors la terrorisait.

« On essaye d’attendre que ça passe en souhaitant que ça passe le plus vite possible. »

Depuis la sixième, Lia* a subi des humiliations à répétition, du harcèlement. On lui crachait dessus. On la frappait, parce qu’elle était « grosse ». Chaque jour se répétait. Et ses amis fermaient les yeux face à sa souffrance. Elle a essayé de se révolter contre les élèves, « mais quand ils sont beaucoup à être contre nous, on se rend vite compte qu’on ne peut rien faire. On essaye d’attendre que ça passe en souhaitant que ça soit le plus rapidement possible ».

Pour fuir cet enfer, ressemblant à une cour de récréation et à des salles de classe gorgés d’élèves, cette collégienne trouvait refuge à l’infirmerie et à l’accueil de son établissement. Lia* a raconté tout ce qu’elle subissait, « mais ils n’ont rien fait ». Un jour, en sortant des toilettes, un garçon lui a mis un coup-de-poing dans la mâchoire. Elle leur a confié qu’il lui avait fait du mal, « il a dit qu’il n’avait pas fait exprès et l’école l’a cru pour ne pas faire d’histoire… ». Une fois chez elle, Lia* a dit à sa mère qu’elle avait mal, mais elle ne lui a pas avoué pourquoi. Cette dernière avait trop honte pour en parler à ses parents, « je pensais que si je leur disais et qu’il essayait de faire quelque chose ça allait être pire pour moi ». Elle s’était résignée au fait que personne ne pouvait l’aider, « au bout d’un moment, on accepte, ou du moins, on n’espère plus rien ».

L’agoraphobie, l’incapacité de sortir de chez soi

Elle s’était jurée que tout ça ne se reproduirait plus après le collège. Evidemment, cela ne s’est pas passé comme elle l’aurait souhaité. Il n’y avait plus les violences physiques, mais les humiliations morales étaient toujours présentes. Lia* avait peur. Et cette peur s’est amplifiée quand elle est passée en première. Quand il fallait sortir, « je pleurais, mon cœur battait beaucoup plus vite. J’avais du mal à respirer. J’avais des nausées et des maux de tête », elle n’avait plus aucune force dans les jambes. Elle était extrêmement fatiguée. Sa tête et son corps ne répondaient plus, elle faisait des malaises à répétition.

Elle n’était plus en mesure de se rendre en cours. Lia* n’y est plus allé pendant deux ans. Elle essayait de revenir petit à petit, avec l’aide des médecins, mais en vain. Ses parents ont essayé de trouver une solution, ils l’ont emmené chez tous les médecins qu’ils trouvaient. Celle-ci a fini par être hospitalisée pendant plusieurs mois dans un centre médical pour adolescents. C’est au bout de sa troisième année, avec le soutien de ses parents et de ses amis, que Lia* a enfin pu finir son année en tant que lycéenne et avoir son bac de français, « ils m’ont donné envie de me lever le matin pour rire toute la journée ! ».

Le regard des autres, maintenant elle s’en moque

Sa phobie a eu de multiples conséquences, que ça soit physique ou moral. Lia a perdu totalement confiance en elle et elle a énormément grossi, jusqu’à même à en devenir obèse. Aujourd’hui, cette jeune femme a encore des séquelles de son adolescence. Même si elle a perdu 50 kilos, Lia n’oublie pas cette période de sa vie, « je manque de tolérance envers les personnes qui se plaignent pour un rien et il me faut du temps pour vraiment faire confiance ! J’ai une très mauvaise vision de la société », mais aussi beaucoup d’appréhension par rapport aux comportements des gens. Lia s’est construit une bulle, où il est difficile d’y pénétrer. Maintenant, elle fait ce qu’il lui plait sans se préoccuper des autres, « je porte des chaussettes avec des Minions dessus ou un sac en peluche licorne si cela peut me faire du bien, je me moque complètement de l’avis des autres, je fais ce que je veux et au moment où cela me fait plaisir ! ».

*Dans un souci de confidentialité les noms, prénoms et lieux ont été changés pour préserver l’anonymat des personnes

 

Fanny Labarre, article publié sur le site gfmlaradio.com

 

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