Les solutions d’hébergement pour mineures enceintes

Lieu de vie ou centre maternel ? Les mineures enceintes ont le choix. En France, il y a très peu de structures qui existent pour accueillir ces mamans adolescentes. Pourquoi ? Benoit Omont, gérant du lieu de vie Le Domamour du Boshion, répond à nos questions.

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Le Domamour du Boshion se situe à Orvaux, en Normandie – Benoit Omont

Parfois rejetées par leur propre famille, les mineures enceintes sont souvent dirigées vers les centres maternels. L’objectif de ces structures est d’aider les femmes enceintes ou les mères isolées, accompagnées d’enfants de moins de trois ans, et d’apporter un soutien matériel et psychologique, dans le but d’éviter les abandons d’enfants. Ces maisons maternelles relèvent du département où elles se situent et sont dépendantes du service d’Aide Sociale à l’Enfance (ASE).

En France, il y a très peu de centres qui accueillent des mineures enceintes. Benoit Omont, gérant du lieu de vie Le Domamour du Boshion, ainsi que conseiller conjugal et familial, explique que leur création est très compliquée. Les autorisations pour en ouvrir sont très difficiles à obtenir. « Les conseils départementaux craignent que les professionnels, qui ont pour vocation de créer des centres pour les mineures enceintes, veulent défendre la vie plutôt que proposer l’avortement », révèle-t-il. Il est possible d’en trouver, mais ils ne sont souvent pas assez adaptés à ce qu’elles ont vécu. On leur demande dès leur entrée d’avoir un projet d’insertion, « on ne peut pas avoir un projet d’insertion personnel lorsqu’on est complètement déstabilisé par les conditions de vie qu’on a vécu. On ne peut pas se relever, sans avant s’être posé ». Elles ont été mises à l’écart de leur famille, leurs amis et leur petit-ami, ces jeunes femmes n’ont qu’une chose en tête, survivre.

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Un lieu d’entraide où règne l’amour – Benoit Omont

Ce besoin de survie, Benoit Omont l’a bien compris, « j’ai constaté que beaucoup de jeunes filles, avec un parcours traumatique, étaient mal accompagnées dans certaines structures d’accueil. Il n’y avait aucun endroit où elles pouvaient réellement se poser pour pouvoir penser leur vie et panser leurs blessures ».

C’est sur cette pensée qu’il a décidé de créer le lieu de vie, Le Domamour du Boshion, près d’Evreux, en août 2008. Un endroit fondé sur l’écoute et l’accompagnement individualisé de ces mamans. Quatre professionnels, dont le chef, sont en permanence avec les adolescentes, « on vit dans notre maison avec elles et on les accompagne au quotidien, à leur rythme ». Evidemment, elles n’arrivent pas chez eux sans être passées devant le juge des enfants. Pour envisager une pré-admission, il faut déjà qu’une place se libère. Il peut accueillir jusqu’à cinq personnes chez lui, cinq autres places sont disponibles dans des appartements, mais elles y iront accès seulement quand elles seront majeures et autonomes.

Contrairement à la majorité des centres maternels, qui font un accompagnement global et accueillent des personnes de tout âge sur dossier, Benoit Omont accepte toutes les filles enceintes, tant qu’elles ont moins de 18 ans, « la seule limite que je donne, c’est qu’il faut que la jeune fille ait envie que nous l’accompagnons et qu’elle ait le désir de s’occuper de son enfant ». De plus, il n’y pas de turnover comme dans ces maisons maternelles, le gérant veille à ce qu’il y ait toujours le même personnel, afin qu’elles aient toujours un seul et même interlocuteur.

Expérimenter le rôle de mère

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Les professionnels de ce lieu de vie veille à la protection de ces enfants – Benoit Omont

Ces mamans mineures n’ont souvent pas eu de modèle de relation positif avec leur mère. Il y a alors un énorme travail à fournir pour qu’elles inventent leur position de maman, « on les accompagne dans leur bien-être personnel. On met en place des lieux d’écoute et de soins thérapeutique ». Le but est de construire un lien affectif avec leurs proches et avec leur enfant dès la naissance. Il faut les accompagner, les encourager dans leur développement personnel, pour leur redonner confiance et leur apprendre à s’occuper de leur nouveau-né, « on dit que l’on fait un étayage parental. On leur permet d’expérimenter leur rôle de maman ». Être maman n’est pas inné et n’est pas si facile, surtout à cet âge. Le rôle, de ces professionnels, est aussi de protéger l’enfant si la maman n’est pas en capacité de s’en occuper, « ce ne sont pas pour autant de méchantes femmes ».

Vient par la suite l’insertion sociale et professionnelle, lorsqu’elles arrivent au Domamour, elles sont souvent déjà déscolarisées à cause de leur grossesse, « il n’y a pas de scolarité si la maman n’est pas sûre que son enfant est bien pris en charge. Si la maman n’est pas certaine de ses capacités intellectuelles, il ne faut pas qu’elle retourne à l’école sinon cela renforcera encore plus son complexe d’infériorité ». Si elles n’arrivent pas à avoir confiance en elle, il leur sera difficile de vivre en société et de faire face au critique. Pour les aider dans leur démarche d’emploi, le lieu de vie est en partenariat avec la mission locale. Elle les guidera vers un emploi ou une formation qui leur plaira. Si elles souhaitent reprendre leur scolarité, la structure peut contacter les dispositifs réservés aux jeunes qui ont décroché du système scolaire, comme le réseau « formation qualification emploi ».

Le désir inconscient de la grossesse des mineures enceintes

Dans le courant des confidences qu’il a pu avoir avec les filles qu’il a accueillies, la plupart avaient déjà eu une grossesse et ont été obligées, par la famille, d’avorter, « elles ont recommencé une grossesse, parce que le désir inconscient de la grossesse était présent ». Ce désir s’installe autour d’un moyen de survie, elles veulent accorder une attention qu’elles-mêmes n’ont jamais eu.

Aujourd’hui, on peut dire que la société a vraiment intégré le fait qu’une mineure peut tomber enceinte. Les départements commencent même à mettre en place des mesures pour les aider, « j’ai participé à une formation qui était organisée par un canton de l’Eure, il avait beaucoup de grossesses adolescentes, ils ont donc fait une formation professionnelle avec des personnes qui sont intervenues pour nous aider à comprendre comment elles fonctionnaient  ». L’objectif n’est plus d’empêcher ces jeunes femmes de tomber enceinte, mais de les accompagner. On ne peut pas empêcher ces grossesses, c’est le désir humain.

 

Fanny Labarre

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